M U R I E L E M S E N S
A 13 ans, Muriel Emsens tombe par hasard sur un vieux Rolleiflex oublié au fond d'une armoire.
Coup au cœur qui changea à jamais son regard. Un oncle passionné de photo, un
autre qui travaillait chez Agfa Gevaert, voilà pour les fées qui eurent vite fait de
lui apprendre le B-A-ba : lumière, ouverture du diaphragme, profondeur de champ, chambre noire
et autres astuces vitales.
La page suivante de son album photo s'écrit en noir et blanc, dans la profusion, la
découverte, l'enchantement. « Je prends alors des photos, beaucoup, en noir et blanc,
avec ces grands négatif 6/6 qui donnent une précision incroyable, je fais beaucoup de
portraits de mes amis, des natures mortes, des paysages, tout m'émerveille, je regarde tout
avec un œil différent. C'est une révélation. » Très
logiquement, elle s'aménage un petit labo dans un débarras et y passe le plus de temps
possible à développer, à agrandir, à imprimer, à jouer photographe
autodidacte.
En 1979, après des études de psychologie, elle s'inscrit au « 75 », à
Bruxelles, section photo, histoire de peaufiner sa formation. Elle se frotte donc au monde de l'art,
à son histoire, à son effervescence, à sa crudité aussi. Elle
découvre parfois brutalement d'autres manières de prendre des clichés.
Elle a juste le temps de se demander comment elle va gagner sa vie, maintenant qu'elle est fraîchement diplômée, qu'elle est happée par le monde de la mode et de la publicité. Elle n'y connaît pas grand chose, mais bravement, elle monte au front. Elle signe ainsi des photos pour le coiffeur Roger, pour Estée Lauder, pour Natan, vend des reportages à la presse belge et internationale, fait des portraits d'amis, d'enfants mais aussi d'artistes ou de personnalités, trois enfants naissent, la famille déménage (Amsterdam, Londres, Milan). A coté des photos « commerciales » elle poursuit infatigablement un lent et solitaire travail d'artiste (et d'archiviste aussi). Car il y est question de sable, de ciel, de cabines de bains, de détails d'une architecture typiquement balnéaire malheureusement souvent détruite depuis. Ou alors de botanique, de vert tendre, de courbes sensuelles et colorées, de la nature qui l'émerveillera toujours...
Anne-Francoise MOYSON